Les articles qui nous inspirent 

Quelle place pour la fête du travail de nos jours ?

| Senta Gekeler - Journaliste pour Human Resources Manager | 

Created with Sketch.

« Ironiquement, le "jour de travail", on ne travaille pas en Allemagne, en Autriche, en France, en Grande-Bretagne et dans de nombreux autres pays. Certains penseront peut-être à des manifestations de masse et à des voitures en flammes le 1er mai, alors que d'autres attendent simplement avec impatience une journée de printemps tranquille, qu'ils utilisent pour se détendre ou se rendre à la campagne. 

La fête du travail a ses origines aux États-Unis à la fin du 19ème siècle. Le 1 er mai 1886, environ 400 000 travailleurs ont pris part à une grève de plusieurs jours. Les travailleurs ont exigé que les entreprises rendent la journée de huit heures obligatoire dans les contrats. A cette époque, 11 à 13 heures de temps de travail étaient normales. Au Haymarket de Chicago, les manifestations se sont terminées par de violents affrontements entre la police et des manifestants, qui ont fait plusieurs morts et de nombreuses victimes parmi les deux camps.
 
 Au cours des années suivantes, les grèves et les manifestations se propagèrent dans de nombreux autres pays, y compris en Allemagne, qui introduit la journée de huit heures seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1919, le 1er mai a été déclaré jour férié mais quelques années plus tard, il a été aboli dans de nombreuses régions. Immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, une grande partie de l’Allemagne a célébré le 1 er mai comme la fête du Travail. Le Conseil de contrôle allié le confirma à nouveau en 1946 en tant que jour férié.
 
 En plus des manifestations majeures organisées, des manifestations radicales ont également eu lieu dans certaines grandes villes, notamment dans le quartier berlinois de Kreuzberg, qui se sont souvent soldées par de violents affrontements entre policiers et manifestants. Le 1 er mai 1987, la situation s'est aggravée. Durant le traditionnel festival de rue, il y a eu de violentes émeutes dans l'après-midi, provoquées par des autonomistes qui avaient renversé une voiture de patrouille. La police a ensuite violé la fête de rue avec des matraques et du gaz lacrymogène, puis s'est retirée tard dans la soirée. Ce jour-là, plus de 100 personnes ont été blessées et environ 50 personnes ont été arrêtées. Dans les années suivantes, les manifestations ont parfois été encore plus violentes. 

Une des contre-mesures depuis 1999 est le "Myfest", une sorte de contre-événement pacifique. Bien que certains autonomistes manifestent à nouveau contre le caractère plutôt apolitique du festival, la journée de travail de ces dernières années est généralement en grande partie pacifique.
 
 Aujourd'hui, la fête du travail est encore un jour de fête bien établi dans de nombreux endroits. Mais quelle importance a le jour de la lutte de la classe ouvrière à une époque où la classe ouvrière est progressivement remplacée par des robots ? La journée de travail est-elle donc un anachronisme à l’époque de la numérisation et de l’automatisation ? Ou devrait-il être un jour où nous remettons simplement en question notre façon de travailler ? La journée de huit heures a été un soulagement pour la classe ouvrière il y a plus de 100 ans, mais est-elle toujours appropriée pour les employés de bureau en 2019 ? 

Comme la révolution industrielle de l'époque, la révolution numérique actuelle nécessite un changement radical du monde du travail. Des tendances telles que les nouvelles formes de travail et les discussions sur le télétravail, des modèles de temps de travail plus flexibles et un leadership agile y contribuent. Alors, pourquoi ne pas continuer à célébrer le 1er mai comme la fête du Travail, en attirant l'attention sur la nécessité de le repenser ? » 



Pour lire l’article en entier (et en allemand !) : https://www.humanresourcesmanager.de/news/tag-der-arbeit-erster-mai-new-work.htm

La vision du travail par un jardinier-maraîcher

| Jean-Martin Fortier - fermier, enseignant et auteur | 

Created with Sketch.

« C'est un métier extraordinaire qui se caractérise moins par la quantité d'heures passées au travail et le salaire que par la qualité de vie qu'il procure. Peu de gens peuvent l'imaginer, mais en dépit de l'intensité de notre travail, il reste beaucoup de temps pour faire autre chose. Notre saison débute lentement en mars pour se terminer en décembre. C'est tout de même neuf mois de travail pour trois mois de temps libre. L'hiver devient un moment précieux pour se reposer, voyager et faire n'importe quelle autre activité. J'aime beaucoup rappeler à ceux qui nous imaginent à faire un métier de crève-la-faim que notre travail nous permet de vivre à la campagne, de concilier travail et famille dans un environnement naturel et de garantir notre sécurité d'emploi, comparativement aux emplois dans une grande société où les mises à peid sont imprévisibles et fréquentes. C'est un avantage considérable.

Pour avoir passé beaucoup de temps à la rédaction de ce manuel
[NDLR : Le jardinier-maraîcher, manuel d'agriculture sur petite surface], je peux également dire à quiconque est inquiet des capacités physiques requises par le métier de jardinier à plein temps est moins "dur" pour la santé et le corps qe de rester assis devant un écran d'ordinateur plusieurs heures par jour. En disant cela, j'espère en rassurer certains. En effet, ce n'est pas une question d'âge mais plutôt de volonté. Avec ou sans bagage agricole, quiconque de sérieux et motivé peut apprendre ce métier traditionnel à la portée de tous. Il s'agit d'y investir son temps et son enthousiasme.

Depuis que notre ferme accueille des stagiaires désireux de s'établir en agriculture, j'ai observé que la grande majorité de ceux qui tendent vers ce métier semble vouloir le faire pour une raison bien fondamentale. Tout en voulant être leur propre patron et profiter du grand air le plus souvent possible, nombre d'entre eux sont attirés par l'idée de donner une sens à leur travail. Je comprends qu'ils fassent ce choix, car être fermier de famille est un métier valorisant. Notre labeur aux jardins est régulièrement récompensé par toutes ces familles qui mangent nos légumes et nous remercient personnellement chaque semaine. Pour ceux et celles qui désirent vivre autrement, tout en cherchant un mode de vie alternatif, je pense qu'il est important de préciser qu'il est non seulement possible d'en vivre, mais aussi de bien en vivre. » 



Pour en savoir plus sur Jean-Martin Fortier et le jardinier-maraîcher : http://lejardiniermaraicher.com/